Carnet italien

Autour du Lac Majeur – Avril 2019

Quand on arrive sur l’île des Pêcheurs, c’est la foule des grands jours.
Lorsque l’on s’étonne de ne pas avoir d’eau au robinet de notre chambre notre hôtesse nous rassure avec un grand sourire : « C’est normal ! 
Les jours comme aujourd’hui, à cause de l’affluence, nous n’avons plus d’eau courante. Attendez 17h pour la douche, ça devrait être réglé.
On s’y habitue ! ».

Avril 2019, devant le Ristorante Italia

Isola dei Pescatori et Isola Bella

14h

C’est l’heure de déjeuner et les touristes, d’où qu’ils viennent, ont l’estomac dans les talons. Ça se presse dans la rue étroite qui traverse l’île dans sa longueur. Depuis la seule épicerie de l’île nous parvient un savoureux échange en français :
– Et ce sandwich-là, il n’est pas au beurre ?
– Non madame…
– Et celui-là ?
– Non plus madame…
– Mais enfin, vous n’avez vraiment RIEN avec du beurre ?

On file doux…

17h30

Tout juste descendus du bateau qui nous ramène de l’Isola Bella, de son palais et de ses espresso à 4€, on marque un temps d’arrêt : l’île des Pêcheurs est vide, ou presque. On réalise, avec un certain malaise, que l’on voit des personnes noires pour la première fois depuis notre arrivée. Arborant des tenues aux couleurs des restaurants de l’île, ils poussent sur les pavés de vieilles brouettes (celles qui étaient, un peu plus tôt, appuyées de façon pittoresque le long des murs ocres et bruns) remplies de sacs poubelles. Direction les bateaux à ordure qui attendent le long du petit quai, moins pittoresque eux que ceux qui promenaient les touristes deux heures auparavant.



Turin et le Piémont – Mai 2018

Chez Sergio

Sergio, c’est le maître de céans, le propriétaire des lieux, le boss, celui qui gère la boutique ou plutôt le bric à brac géant qu’est le numéro 53 de la Via Vallunga. Au premier abord, c’est un petit papy trapu et tonique pour qui la barrière de la langue n’en est pas une (il mêle joyeusement italien, français, anglais et allemand) et qui empoigne les gens par le bras pour qu’ils le suivent. Mais à découvrir un peu l’immense bâtisse qu’il habite, on réalise que c’est un monsieur aux mille vies, un homme de théâtre un peu mégalo, un voyageur, un amoureux des livres qui ne rechigne pas à afficher dans les pièces et les couloirs de sa maison des dizaines de portraits de lui. Les innombrables objets accumulés témoignent (sans que l’on n’en sache jamais vraiment plus) de ses amitiés, de ses réussites, de sa vie.


Dans la cuisine de Sergio, il y a plein de choses étonnantes à l’instar de toutes les autres pièces de la maison. Non seulement peut-on trouver un cochon volant suspendu au plafond, mais aussi la maquette d’une ville en polystyrène, un batteur à œufs manuel qui n’a pas dû servir depuis des décennies, au moins quatre cafetières Moka de tailles (et de degré de propreté) variables, une gazinière à bois qui parfume la cuisine d’une chouette odeur de fumée et sur laquelle trône une bouilloire en fonte, une aquarelle d’Hugo Pratt et une carte postale qui dit fort à propos : « A l’heure d’internet, la carte postale fait de la résistance ». En dormant chez Sergio, on a l’impression d’habiter l’inventaire de Prévert.